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Compte rendu d’audience auprès de l’IA-DASEN le 3 octobre 2019

jeudi 3 octobre 2019

Le 3 octobre, jour d’hommage revendicatif à notre collègue directrice Christine Renon (et contre la dégradation des conditions de travail des personnels des écoles), une délégation intersyndicale a été reçue par l’inspecteur d’académie DASEN du département. Nos interpellations et les réponses faites... À lire également, des hommages et témoignages de collègues de notre département

Présents :
M. l’IA-DASEN
Mme l’IENA
M. le secrétaire général
Un représentant du SNUipp-FSU 22 - Stéphane Chiarelli
Un représentant du SE-Unsa
Un représentant du Snudi-FO
Une représentante du Sgen-CFDT
CGT Educ’Action excusée

Nous indiquons que le suicide de Christine Renon sur son lieu de travail a provoqué un grand choc, voire de la colère, chez les personnels des écoles. Cet acte est révélateur pour beaucoup de collègues (adjoint.e.s, directrices, enseignant.e.s spécialisé.e.s, formateurs/trices...) de leur propre souffrance au travail, d’une dégradation continue des conditions de travail et d’une perte de sens de notre métier.
Comme à chaque fois que le suicide est lié à la souffrance au travail, d’aucuns chercheront peut-être quelque explication dans une fragilité psychologique, dans la difficulté présumée à s’adapter aux évolutions. Nous contesterions toute interprétation de ce genre et savons que les raisons véritables sont ailleurs. 

Nous combattons la mise en place dévastatrice d’un "new management public", ou nouvelle gouvernance, qui déconstruit le sens de notre travail.
Cette nouvelle gouvernance submerge notre activité professionnelle sous une multitude de demandes - toujours pressantes - dans un contexte d’insuffisance des moyens, au point que le sens même de notre activité finit par se perdre.
Nous ne restons pas enfermés sur le sujet spécifique à la direction d’école. Même si nous demandons une augmentation du temps de décharge, l’affectation d’aides administratives et une véritable simplification administrative, ces points ne règleraient pas à eux le problème de la souffrance des directrices/teurs et des autres enseignant.e.s.
Toutes les injonctions ministérielles, les nombreuses réformes menées à marche forcée, malmènent notre éthique professionnelle en nous transformant en simples exécutant.e.s, privés des moyens nécessaires et suffisants.
C’est à la souffrance au travail de tous les personnels qu’il faut apporter des réponses concrètes.

Nous affirmons que nous nous positionnons :

  • contre les évaluations standardisées (inutiles pour les enseignant.e.s et leurs élèves),
  • contre les formations orientées et imposées,
  • pour une formation continue choisie et sur le temps de classe (
  • contre la formation obligatoire sur le temps des petites vacances, qui augmente nos obligations réglementaires de service, comme si nous ne travaillions pas assez,
  • contre les protocoles à appliquer,
  • contre les tâches chronophages et inutiles aux élèves (Toutatice, BND, multiples enquêtes répétées, passation et saisie des évaluations…),
  • pour avoir du temps et les moyens de faire vivre le conseil des maîtres et de créer des collectifs de travail ou des lieux d’échanges entre pairs sur le temps de service,
  • pour une véritable médecine de prévention disposant des moyens nécessaires,
  • pour une formation des personnels aux outils de signalement : fiche santé sécurité au travail, fiche DGI....
  • pour une une formation des personnels aux questions de santé au travail,
  • pour une formation des personnels à la prévention des risques psycho-sociaux,
  • pour des inclusions respectant réellement les besoins des élèves en situation de handicap,
  • pour un véritable métier d’AESH sous statut.

En termes de climat scolaire
Le SNUipp-FSU demande que des mesures diagnostiques du climat scolaire soient mises en place :

  • recueil et analyse des taux de congé de maladie ordinaire
  • recueil du nombre et analyse des courriers adressés à la DSDEN et évoquant des tensions/demandes de protection
  • recueil du nombre et analyse des demandes de protections fonctionnelles
  • recueil du nombre et analyse des alertes transmises par les représentant.e.s des personnels  

Nous avons indiqué des exemples concrets :

  • caractéristique du concept de new management public (qui donne aux mots un sens opposé) : la simplification administrative qui se transforme en alourdissement des tâches, en environnement numérique obligatoire (Toutatice, qui prend des heures aux directeurs non formés à l’utilisation d’un outil encore mal conçu et au moteur de recherche déficient)
  • multiplication de messages, de sources de messages (Toutatice, webmail pro et de l’école, IProf) et de contenus qui se démultiplient sans arrêt avec des liens innombrables donnant le sentiment d’être noyé
  • enquêtes administratives fréquentes et ininterrompues qui n’apportent rien à la vie quotidienne de nos écoles
  • nombreux bugs sur Onde et Toutatice qui rendent encore plus chronophage le travail de direction
  • outils non adaptés et/ou chronophages (multiplication à outrance de clics, codes ubuesques lors des saisies)...
  • Ces dérives découlant d’un cadre imposé sans concertation génèrent chez nombre de collègues une asphyxie, un isolement professionnel et familial qui peut mener au burn out (sans qu’il s’agisse aucunement de « fragilité » personnelle).
  • contrairement à ce qui avait été évoqué et préconisé lors d’un CHSCTD en juin dernier sur les conditions de travail des directeurs, la surcharge ne cesse de s’amplifier alors qu’en parallèle les moyens (aide administrative, temps de décharge...) ont disparu ou sont largement insuffisants.
  • plus de possibilités de temps de rencontre entre directeurs (et entre collègues au-delà) pour échanger sur leur pratiques, leurs difficultés, leur vécu ; dans certaines circonscriptions, les réunions de directeurs sont même abolies, comme si on craignait de les regrouper et de leur accorder la parole !
  • prévisionnage des films d’école et cinéma à St Brieuc prétendument « obligatoire » selon certains IEN (cela ne peut être le cas !)
  • accueil des trois ans et dérogations (compliqué dans le suivi et parfois impossible en pratique) qui oblige en outre à réunir une équipe éducative !
  • refus de prendre en compte les situations de collègues en détresse lors des opérations d’affectation en autorisant une dénomination provisoire
  • lenteur à « protéger » les collègues en prise avec des familles agressives, injurieuses et/ou menaçantes
  • appréciations des RDVC qui obéissent davantage - selon la profession et ses représentants - à une logique de quotas qu’à une appréciation objective de la valeur professionnelle, ce qui finit par la dégoûter (même si nous demandons la déconnexion du supposé « mérite » et de l’avancement)
  • reproche parfois fait aux directeurs de signaler des faits établissement ; car ils pourraient sortir de la circonscription (surtout pas de vagues !)
  • réception de SMS " EXERCICE intrusion" (ou non réception si pas de réseau) sur du matériel personnel
  • difficulté, faute de moyens suffisants, à prendre en charge les élèves hautement perturbateurs : obligeant parfois à devoir appeler le SAMU (multiplication de ce genre de situations).

Les réponses de l’IA-DASEN :

À notre interpellation sur les méthode de gouvernance verticale (changements et réformes annoncés à la va vite dans les médias sur une impulsion personnelle) imposées sans consultation ni négociation par l’actuel ministre de l’Éducation nationale, l’IA-DASEN affirme qu’il n’a jamais vu de ministre avec une telle connaissance des réalités du terrain...

À propos des consignes hiérachiques délivrées différemment selon les circonscriptions, il estime que l’interprétation ou le niveau compréhension peut varier...

Concernant l’accueil dérogatoire des trois ans, il nous indique que l’école définit un cadre local et que les demandes de parents ne peuvent y déroger.

Sur les demandes de dénominations provisoires et exceptionnelles en début de phase d’ajustement, auparavant acceptées pour améliorer les conditions de collègues en situation difficile, il nous est répondu qu’elles ne seront désormais plus acceptées. Une proposition d’accompagnement se subsituera à l’acceptation d’une demande de changement d’affectation ! Nous le contestons.

L’IA-DASEN estime que nous lui faisons part de situations particulièrement difficiles, mais en omettant de mentionner toutes celles qui sont solutionnées par l’employeur. Nous répondons que nous pouvons être conscients que les services départementaux essaient de répondre comme ils le peuvent avec les moyens permis, mais que les représentants syndicaux ont le devoir de porter la parole, les demandes et les revendications de tou.te.s les collègues en souffrance, car elles et ils ne signalent pas toujours les difficultés vécues... qu’un nombre réduit d’appels à l’aide remonte jusqu’au sommet de la hiérachie locale, mais que nous employons - et continuerons de le faire - à conseiller à la profession d’exprimer son mal-être, ses demandes et revendications, avant qu’il ne soit trop tard.

À propos de la demande de directeurs de pouvoir échanger sur un temps de service dédié (et non pas en heures supplémentaires non rémunérées), l’IA-DASEN indique qu’il a imaginé de réunir lui-même les directeurs, sans concrétiser cette idée jusqu’alors de crainte de se voir reprocher une verticalité et une injonction supplémentaire.
Le SNUipp demande une précision sur le volume horaire d’une telle réunion.
Il est répondu que ce ne pourrait se dérouler sur un autre temps que celui de décharge.
Le SNUipp-FSU 22 rétorque que ce temps est d’ores et déjà insuffisant pour accomplir toutes les tâches et répondre aux demandes.

L’IA-DASEN nous quitte pour une autre réunion.

N’hésitez pas à nous contacter pour toute question en lien avec ces thématiques (ou d’autres)


Témoignages* de collègues des Côtes-d’Armor

P ar ce mail, je voulais rendre hommage à la mémoire de Christine Renon et à tout son travail effectué au sein de l’éducation nationale.
Je voulais aussi envoyer toutes mes pensées les plus affectueuses à sa famille et à ses collègues. Je peux juste imaginer votre douleur... Elle doit être atroce.
J’aimerais aussi témoigner de ma colère : stop, ce travail ne doit plus faire souffrir...
À toi, Christine...pour que ton combat perdure.

À titre personnel, je souhaite rendre hommage à Christine Renon.
Son geste m’a terriblement bouleversée.
Je suis directrice d’école depuis 19 ans et j’ai vu le métier devenir de plus en plus pénible. Je redoute particulièrement tous les ans les mois de septembre et d’octobre (je suis en plus maman de trois enfants) en me disant qu’il va falloir réussir à tenir, et pourtant je suis dans une école de bord de mer...
Je n’ose pas imaginer les difficultés rencontrées dans des départements difficiles. Ma sœur est également directrice d’une école dans les Hautes-Alpes depuis de nombreuses années et elle n’en peut déjà plus non plus, au bout d’un mois d’école.
Je la sens prête à aller voir son médecin. Nous sommes pourtant toutes les deux d’une nature assez solide !!
J’espère sincèrement que le terrible geste de Christine va permettre aux politiques de trouver une réelle solution pour améliorer notre quotidien.
Ce drame ne doit pas se renouveler.
Mes sincères condoléances à la famille et aux collègues de Christine.

J’aurais pu vous dire... mais il y a eu ce drame à Pantin...

J’aurais pu vous dire que je suis ravie, extrêmement ravie d’enseigner enfin l’Histoire, la Géographie... en lycée.
J’aurais pu vous faire partager des moments choisis, vécus depuis ce début septembre.
J’aurais pu vous envoyer une photo de mon beau cartable en cuir de "prof du secondaire" !!!
J’aurais pu et j’y avais pensé la semaine dernière mais...
un drame s’est produit...
un drame qui montre toute la détresse d’une profession, toute la détresse de nos collègues Professeurs des écoles, en charge de la direction d’école...
Il y a 15 jours, en formation avec des collègues du secondaire "seconde carrière comme moi" à .............., une PE se présente : "bonjour, je m’appelle.......... et je suis enfin sortie de l’esclavage"...

Devant une expression si lourde de sens, le formateur demande à la collègue en question d’en dire un peu plus : "j’étais directrice de maternelle et je n’en pouvais plus... surchargée de travail et de tout le reste... depuis septembre, je suis prof de lettres stagiaire et enfin, je revis" ! Les 5 ex professeurs des écoles dans la salle n’étions pas surpris, mais les autres étaient abasourdis...

Oui, nous sommes des "fonctionnaires" comme "ils" disent... mais devons-nous encore "fonctionner" comme on nous le demande, comme on nous l’ordonne ???
En 1940, aussi , "ç’aurait du fonctionner, un fonctionnaire" et heureusement que certains/certaines , ont dit NON !
La lettre de notre collègue qui a mis fin à ses jours doit être diffusée pour qu’"ils/elles" se rendent compte ce qu’est un fonctionnaire de l’Éducation Nationale, aujourd’hui... s’y ajoute désormais les menaces sous couvert du "droit de réserve", de surcroît !!! (le fameux droit de réserve qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, n’est-ce pas ?).

COURAGE À TOUS... VIGILANCE... RÉSISTANCE, ne nous laissons pas faire !


Christine Renon, symbole de la détresse des directeurs et directrices d’école (Frédéric Pommier sur France Inter)

Signez la pétition nationale intersyndicale SNUipp-FSU, CGT Éduc’Action, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SUD-Éducation Solidaires

Suicide de notre collègue Christine RENON, directrice à Pantin : plus jamais ça !


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P.-S.

*Le SNUipp-FSU 22 a volontairement anonymé les témoignages de nos collègues (ils et elles ne sont pas élu.e.s du personnel). Depuis le passage de la loi dite école de la « confiance » et de son article sur le "devoir d’exemplarité" qui vise le musellement de l’expression des collègues, nous choisissons ici de porter leur parole sans les exposer à de possibles réactions vindicatives de leur employeur...

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